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Photographe, une rencontre du dehors

C'est de l'humour, je ne prétends pas être un hors la loi

Présentation

Mais au fait, c'est qui moi ? Amateur photographe de rue, j'ai toujours eu la curiosité de mettre le nez dehors à la conquête de mes contemporains, je dis bien conquête, car je suis assez réservé par nature. J'ai d'abord commencé comme tout le monde à photographier les canards du jardin public qui n'y trouvaient rien à redire, mais j'ai vite compris les limites de cette pratique, bien que, après tout, il y ait toujours beaucoup à faire dans chaque domaine.

Puis, comme tout le monde une fois encore, ou du moins comme tout photographe amateur, je me suis retrouvé avec un bouquin de Doisneau dans les mains qui présentait des clichés de Jacques Prévert boulversants.

Tout naturellement, la deuxième étape a été la photo de rue, un travail qui demande pas mal de patience que j'espère réellement approfondir. Je me suis donc baladé à la recherche de mes congénères tel un pêcheur avec l'appareil photo en main en guise de canne à pêche dans l'expectative de postures, mimiques et autres situations absurdes, cocasses ou pas, car le bonheur ne niche pas à tous les coins de rues... loin s'en faut.

Enfin, j'ai un goût modéré pour la transgression, et les mentions des panneaux "Entrée non autorisée" ou "accès interdit" m'ont toujours titillé l'objectif, affolé la focale...Franchir l'interdit décuple l'observation, l'acuité des sens dit Banksy. C'est exactement cela. Dans un entrepôt, ou une friche industrielle, les sons prennent l'espace de façon démesurée comme les graffs, seules tentatives artistiques d'embellir des lieux condamnés à une laideur éternelle, jusqu'à leur démolition pour la plupart. Le temps semble ne plus s'écouler, tandis que de rares sonorités se révèrbèrent de façon irréelle. C'est cette distorsion des sens et de l'espace qui m'ont poussé à m'intéresser de près au Street Art.

Le Street Art, un questionnement sur notre perception de la cité

La photo est par essence même la reine de l'éphémère, raflant d'infimes et d'intimes copeaux de temps, capturés à l'ouverture du diaphragme de l'appareil en quelques centièmes de secondes. Tous ces clichés mis bout à bout ébauchent un film ténu que je tente de scénariser au fur et à mesure de mes escapades urbaines : celui du fil narratif de la cité et des modèles artistiques qu'elle projette sur nos perceptions.

C'est bien du Street Art dont je veux parler, qui dans un espace urbain factuel à priori sans âme et quelquefois hostile, présente une relecture quotidienne de la cité à travers la réappropriation et le détournement de ses propres matériaux (un panneau publicitaire, signalétique, ou encore un simple mur).

Par sa nature éphémère, il est la source d'une interrogation permanente, toujours renouvelée tout au long des accidents visuels qu'il provoque chez le spectateur. Les grandes villes engourdissent les esprits quelquefois dans l'attente d'un bus interminable, ou lorsque nous sommes prisonniers d'un embouteille infernal dans le ronronnement de la valse urbaine des moteurs à 4 temps. le street art est bien présent pour instiller un hiatus, une subversion du regard, ou encore un message provoquant une lecture parallèle de l'environnement. Telles sont les ambitions revendiquées qui unit les street artistes.

Les friches, terrains de prédilection

Derrière les architectures grandiloquentes, les façades vitrées qui essaient de toucher le ciel, se joue l'histoire complexe de l'art urbain qui a commencé de s'exfiltrer des galeries dès les années soixante. Pourtant ce sont les friches, ou encore l'exploration de ces terrains fertiles à la composition éphémère et véritables viviers artistiques, qui constituent le fil d'ariane du street art. je pense à un monochrome de Dexter Gordon de l'artiste MÄS vers Floirac dans un entrepôt où je n'esperais rien trouver. C'est aussi quelquefois l'opportunité d'aller à la rencontre des artistes en dehors du cadre plus compassé d'une exposition et d'engager une discussion plus spontanée.

Cette proposition graphique (le plus souvent, mais il y a des exceptions comme les incroyables captations sonores de l'artiste Cyril Gourvat) et photographique de l'espace, de son abandon qui n'est à priori qu'apparent est le fin processus créatif que j'essaie de réhabiliter. Celui-là même de la friche dont le premier paradoxe et celui d'être à la fois ouverte et fermée. La végétation dense jaillit à travers un portail ou un grillage rouillé avec une grosse serrure et aiguise la curiosité des passants qui passent devant, mais l'entrée non officielle se mérite.

Apparemment abandonnée, la friche arbore ostensiblement des signes d'occupation en dehors des graffs surchargés qui en sont la manifestation la plus directe. Société de déchet et de consommation oblige, le chemin fragile sur le terrain repérable par les hautes herbes couchées est jallonné de détritus et renseigne de la vie de la friche. De simple badaud, on devient alors guetteur, vagabond et épié du regard extérieur sur ce territoire désocialisé hybride entre l'ambiguité de la curiosité et la transgression de l'interdit, zone imprécise coincée entre une banlieue qui ne veut pas d'elle et un centre ville qui la snobe.

Aussi, bienvenue à toi, graffeur de tout style, amateur de flop, de block, ou de wildestyle, discret pochoiriste du centre ville, traceur de mériadeck, fin poète des murs invisibles à la plupart des passants, ou bien visiteur... Un seul mot d'ordre, tu l'auras deviné, qui donne clairement le ton à ma démarche, capter le fil ténu d'une poésie en lambeaux, perdue dans les no-man's lands urbains.